
Maigret eut un haut-le-corps, nonpas à cause de ce qu’on lui disait, mais parce qu’il venait d’apercevoir lechien jaune, couché aux pieds d’Emma.
III
« La peur règne à Concarneau »
Le Pommeret éprouvait le besoin deconfirmer, pour le plaisir de s’entendre parler :
— Elle est venue chez moi toutà l’heure en me suppliant de faire des recherches… Servières, qui de son vrainom s’appelle Goyard, est un vieux camarade…
Du chien jaune, le regard de Maigretpassa à la porte qui s’ouvrait, au marchand de journaux qui entrait en coup devent et enfin à une manchette en caractères gras qu’on pouvait lire deloin : La peur règne à Concarneau.
Des sous-titres disaientensuite : Un drame chaque jour - Disparition de notrecollaborateur Jean Servières. - Des taches de sang dans sa voiture. -A qui le tour ?
Maigret retint par la manche legamin aux journaux.
— Tu en as vendubeaucoup ?
— Dix fois plus que les autresjours. Nous sommes trois à courir depuis la gare…
Relâché, le gosse reprit sa coursele long du quai en criant :
— Le Phare de Brest…Numéro sensationnel…
Le commissaire n’avait pas eu letemps de commencer l’article qu’Emma annonçait :
— On vous demande au téléphone…
Une voix furieuse, celle dumaire :
— Allô ! c’est vous,commissaire, qui avez inspiré cet article stupide ?… Et je ne suis mêmepas au courant !… J’entends, n’est-ce pas, être informé le premier de cequi se passe dans la ville dont je suis le maître !… Quelle est cettehistoire d’auto ?… Et cet homme aux grands pieds ?… Depuis unedemi-heure, j’ai reçu plus de vingt coups de téléphone de gens affolés qui medemandent si ces nouvelles sont exactes… Je vous répète que je veux que, désormais…
