
— Vous n’avez pas l’air d’êtredans votre assiette…
— Je suis malade… Je devais m’yattendre… Ce sont les reins… Dès qu’il m’arrive la moindre chose, unecontrariété, une émotion, c’est ainsi que ça se traduit… Je n’ai pas fermél’œil de la nuit…
Il ne quittait pas la porte duregard.
— Vous ne rentrez pas chezvous ?
— Il n’y a personne… Je suismieux soigné ici…
Il avait fait chercher tous lesjournaux du matin, qui étaient sur sa table.
— Vous n’avez pas vu mesamis ?… Servières ?… Le Pommeret ?… C’est drôle qu’ils ne soientpas venus aux nouvelles…
— Bah ! Sans doutedorment-ils toujours ! soupira Maigret. Au fait ! Je n’ai pas aperçucet affreux chien jaune… Emma !… Avez-vous revu le chien, vous ?…Non ?… Voici Leroy, qui l’a peut-être rencontré dans la rue… Quoi de neuf,Leroy ?…
— Les flacons et les verressont expédiés au laboratoire… Je suis passé à la gendarmerie et à la mairie…Vous parliez du chien, je crois ?… Il paraît qu’un paysan l’a vu ce matindans le jardin de M. Michoux…
— Dans mon jardin ?…
Le docteur s’était levé. Ses mainspâles tremblaient.
— Qu’est-ce qu’il faisait dansmon jardin ?…
— A ce qu’on m’a dit, il étaitcouché sur le seuil de la villa et, quand le paysan s’est approché, il a grognéde telle façon que l’homme a préféré prendre le large…
Maigret observait les visages ducoin de l’œil.
— Dites donc, docteur, si nousallions ensemble jusque chez vous ?…
Un sourire contraint :
— Dans cette pluie ?… Avecma crise ?… Cela me vaudrait au moins huit jours de lit… Qu’importe cechien !… Un vulgaire chien errant, sans doute…
Maigret mit son chapeau, sonmanteau.
— Où allez-vous ?…
