
Le Pommeret allait et venait àgrands pas en contemplant les reflets de ses chaussures. Jean Servières,immobile, fixait les verres et éclatait soudain, d’une voix qu’assourdissait unsanglot d’effroi :
— Tonnerre de Dieu !…
Le docteur rentrait les épaules.
II
Le docteur en pantoufles
L’inspecteur Leroy, qui avaitvingt-cinq ans, ressemblait davantage à ce que l’on appelle un jeune homme bienélevé qu’à un inspecteur de police.
Il sortait de l’école. C’était sapremière affaire, et depuis quelques instants il observait Maigret d’un airdésolé, essayait d’attirer discrètement son attention. Il finit par luisouffler en rougissant :
— Excusez-moi, commissaire…Mais… les empreintes…
Il dut penser que son chef était dela vieille école etignorait la valeur des investigations scientifiques carMaigret, tout en tirant une bouffée de sa pipe, laissa tomber :
— Si vous voulez…
On ne vit plus l’inspecteur Leroy,qui porta avec précaution la bouteille et les verres dans sa chambre et passala soirée à confectionner un emballage modèle, dont il avait le schéma enpoche, étudié pour faire voyager les objets sans effacer les empreintes.
Maigret s’était assis dans un coindu café. Le patron, en blouse blanche et bonnet de cuisinier, regardait samaison du même œil que si elle eût été dévastée par un cyclone.
Le pharmacien avait parlé. Onentendait des gens chuchoter dehors. Jean Servières, le premier, mit sonchapeau sur sa tête.
— Ce n’est pas tout ça !Je suis marié, moi, et Mme Servières m’attend !… A tout à l’heure,commissaire…
Le Pommeret interrompit sapromenade.
— Attends-moi ! Je vaisdîner aussi… Tu restes, Michoux ?…
Le docteur ne répondit que par unhaussement d’épaules. Le pharmacien tenait à jouer un rôle de premier plan.Maigret l’entendit qui disait au patron :
