
— … et qu’il est nécessaire,bien entendu, d’analyser le contenu de toutes les bouteilles !… Puisqu’ily a ici quelqu’un de la police, il lui suffit de m’en donner l’ordre…
Il y avait plus de soixantebouteilles d’apéritifs divers et de liqueurs dans le placard.
— Qu’est-ce que vous en pensez,commissaire ?…
— C’est une idée… Oui, c’estpeut-être prudent…
Le pharmacien était petit, maigre etnerveux. Il s’agitait trois fois plus qu’il n’était nécessaire. On dut luichercher un panier à bouteilles. Puis il téléphona à un café de la vieilleville afin qu’on aille dire à son commis qu’il avait besoin de lui.
Tête nue, il fit cinq ou six fois lechemin de l’Hôtel de l’Amiral à son officine, affairé, trouvant le temps delancer quelques mots aux curieux groupés sur le trottoir.
— Qu’est-ce que je vaisdevenir, moi, si on m’emporte toute la boisson ? gémissait le patron. Etpersonne ne pense à manger !… Vous ne dînez pas, commissaire ?… Etvous, docteur ?… Vous rentrez chez vous ?…
— Non… Ma mère est à Paris… Laservante est en congé…
— Vous couchez ici,alors ?…
Il pleuvait. Les rues étaientpleines d’une boue noire. Le vent agitait les persiennes du premier étage.Maigret avait dîné dans la salle à manger, non loin de la table où le docteurs’était installé, funèbre.
A travers les petits carreaux verts,on devinait dehors des têtes curieuses qui, parfois, se collaient aux vitres.La fille de salle fut une demi-heure absente, le temps de dîner à son tour.Puis elle reprit sa place habituelle à droite de la caisse, un coude surcelle-ci, une serviette à la main.
— Vous me donnerez unebouteille de bière, dit Maigret.
Il sentit très bien que le docteurl’observait tandis qu’ilbuvait, puis après, comme pour deviner les symptômes del’empoisonnement.
