Elle était anémique. Sa poitrineplate n’était pas faite pour éveiller la sensualité. Néanmoins elle attirait,par ce qu’il y avait de trouble en elle, de découragé, de maladif.

— Que faisais-tu avant detravailler ici ?…

— Je suis orpheline. Mon pèreet mon frère ont péri en mer, sur le dundee Trois-Mages… Ma mère estdéjà morte depuis longtemps… J’ai été d’abord vendeuse à la papeterie, place dela Poste…

Que cherchait son regardinquiet ?

— Tu as un amant ?

Elle détourna la tête sans riendire, et Maigret, les yeux rivés à son visage, fuma plus lentement, but unegorgée de bière.

— Il y a des clients quidoivent te faire la cour !… Ceux qui étaient tout à l’heure ici sont deshabitués… Ils viennent chaque soir… Ils aiment les belles filles… Allons !Lequel d’entre eux ?…

Plus pâle, elle articula avec unemoue de lassitude :

— Surtout le docteur…

— Tu es sa maîtresse ?

Elle le regarda avec des velléitésde confiance.

— Il en a d’autres… Quelquefoismoi, quand ça lui prend… Il couche ici… Il me dit de le rejoindre dans sachambre…

Rarement Maigret avait recueilliconfession aussi plate.

— Il te donne quelquechose ?…

— Oui… Pas toujours… Deux outrois fois, quand c’est mon jour de sortie, il m’a fait aller chez lui… Encoreavant-hier… Il profite de ce que sa mère est en voyage… Mais il a d’autres filles…

— Et M. Le Pommeret ?…

— C’est la même chose… Sauf queje ne suis allée qu’une fois chez lui, il y a longtemps… Il y avait là uneouvrière de la sardinerie et… et je n’ai pas voulu ! Ils en ont denouvelles toutes les semaines…

— M. Servières aussi ?…

— Ce n’est pas la même chose…Il est marié… Il paraît qu’il va faire la noce à Brest… Ici, il se contente deplaisanter, de me pincer au passage…



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