Il pleuvait toujours. Très loinhululait la corne de brume d’un bateau qui devait chercher l’entrée du port.

— Et c’est toute l’annéeainsi ?…

— Pas toute l’année… L’hiver,ils sont seuls… Quelquefois ils boivent une bouteille avec un voyageur decommerce… Mais l’été il y a du monde… L’hôtel est plein… Le soir, ils sonttoujours dix ou quinze à boire le champagne ou à faire la bombe dans les villas…Il y a des autos, des jolies femmes… Nous, on a du travail… L’été, ce n’est pasmoi qui sers, mais des garçons… Alors je suis en bas, à la plonge…

Que cherchait-elle donc autourd’elle ? Elle était mal d’aplomb sur le bord de sa chaise et elle semblaitprête à se dresser d’une détente.

Une sonnerie grêle retentit. Elleregarda Maigret, puis le tableau électrique placé derrière la caisse.

— Vous permettez ?…

Elle monta. Le commissaire entenditdes pas, un murmure confus de voix au premier, dans la chambre du docteur.

Le pharmacien entra, un peu ivre.

— C’est fait,commissaire ! Quarante-huit bouteilles analysées ! Et sérieusement,je vous jure ! Aucune trace de poison ailleurs que dans le pernod et lecalvados… Le patron n’aura qu’à faire reprendre son matériel… Dites donc, votreavis, entre nous ? Des anarchistes, pas vrai ?…

Emma revenait, gagnait la rue pourposer les volets, attendait de pouvoir fermer la porte.

— Eh bien ?… fit Maigretquand ils furent à nouveau seuls.

Elle détourna la tête sans répondre,avec une pudeur inattendue, et le commissaire eut l’impression que s’il lapoussait un peu elle fondrait en larmes.

— Bonne nuit, mon petit !…lui dit-il.


Quand le commissaire descendit, ilse croyait le premier levé, tant le ciel était obscurci par les nuages. De safenêtre, il avait aperçu le port désert, où une grue solitaire déchargeait unbateau de sable. Dans les rues, quelques parapluies, des cirés fuyant au rasdes maisons.

Au milieu de l’escalier, il croisa unvoyageur de commerce qui arrivait et dont un homme de peine portait la malle.



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